Dans une ville encerclée par la peur et les fusils, la jeunesse choisit la marche. Non pour vaincre par la force, mais pour refuser le silence. Le 2 janvier 2026, Goma se dresse, fragile et déterminée, contre l’occupation et l’impunité.
À Goma, la colère n’explose pas : elle s’organise. Des jeunes issus de mouvements citoyens annoncent une marche pacifique pour exiger le retrait des forces rwandaises et de l’AFC-M23. Une action symbolique, à haut risque politique, dans une ville où l’occupation cherche à se banaliser. En choisissant la date anniversaire de l’assassinat du colonel Mamadou Ndala, la jeunesse convoque la mémoire pour rappeler une vérité simple : l’occupation peut s’imposer par les armes, mais elle ne gouverne jamais les consciences
Goma, ville sous tension : quand marcher devient un acte de rupture
Goma n’est plus seulement une ville. Elle est devenue une ligne de front diffuse, un espace où les armes dictent les rythmes, où la peur s’infiltre dans le quotidien, où l’occupation avance sous le masque de la normalité. Dans ce décor contraint, marcher n’est pas un geste ordinaire : c’est une rupture.
La jeunesse de Goma n’ignore rien de son rapport de force défavorable. Elle sait que la marche ne fera pas reculer les blindés ni taire les fusils. Mais elle comprend aussi que l’occupation ne tient que tant qu’elle n’est pas publiquement refusée. Comme l’écrivait le politologue James C. Scott, « la politique des dominés est rarement spectaculaire, mais elle est persistante, cumulative et profondément subversive ».
La marche devient ainsi une contre-géographie : un corps collectif qui traverse l’espace contrôlé pour rappeler que ce territoire n’est pas vacant politiquement, même lorsqu’il est occupé militairement.
Le 2 janvier, la mémoire comme étendard
Le choix de la date n’est pas un détail de calendrier. Le 2 janvier est une cicatrice nationale. Celle de l’assassinat du colonel Mamadou Ndala, figure de la résistance militaire contre le M23 en 2013. En marchant ce jour-là, la jeunesse transforme la mémoire en arme symbolique. La mémoire, ici, ne regarde pas vers le passé : elle interpelle le présent. Elle rappelle qu’un combat interrompu par la violence n’est pas un combat clos. Pierre Nora l’avait formulé avec justesse : « la mémoire s’accroche à des symboles parce que l’histoire, elle, a cessé de l’habiter ».
À Goma, la mémoire de Ndala sert de miroir : elle renvoie à l’État congolais son devoir inac8hevé, et à l’occupant l’illégitimité persistante de sa présence.
Justice empêchée, justice réclamée : le refus de l’oubli
Au cœur de cette mobilisation se loge une autre exigence, plus lourde encore : la justice. Une justice absente, retardée, ajournée, piégée dans les compromis diplomatiques et les équilibres régionaux. Les crimes s’accumulent, les victimes s’additionnent, et les auteurs circulent librement.
Dans l’Est de la RDC, l’impunité n’est plus une anomalie : elle est devenue une architecture. Pourtant, la jeunesse refuse que l’oubli en soit le ciment. Comme le rappelait Desmond Tutu, « l’impunité est une insulte à la dignité humaine, car elle nie la souffrance des victimes ».
Même sans tribunaux, même sans mandats d’arrêt, la dénonciation publique maintient vivante une promesse de justice différée. Paul Ricœur parlait d’une mémoire juste : une mémoire qui n’efface pas, qui n’arrange pas, qui attend.
Marcher sans armes : le pouvoir fragile de l’action collective
La force de cette jeunesse ne réside pas dans sa capacité à vaincre, mais dans sa capacité à ne pas consentir. Hannah Arendt l’avait clairement établi : « le pouvoir naît quand les hommes agissent ensemble ; il disparaît quand ils se dispersent. La violence peut détruire le pouvoir, mais elle ne peut jamais le créer ».
À Goma, l’occupation peut contrôler les rues, mais elle peine à contrôler le sens. Chaque marche pacifique, chaque slogan, chaque pas collectif empêche la transformation de l’occupation en évidence silencieuse.
La marche du 2 janvier 2026 ne libérera pas Goma. Elle ne rendra pas la justice. Mais elle accomplit l’essentiel : elle empêche la défaite morale. Dans une ville assiégée, refuser de se taire est déjà une victoire fragile. Comme l’écrivait Frantz Fanon, « chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, la remplir ou la trahir ».
La jeunesse de Goma semble avoir choisi : marcher, pour que l’occupation ne devienne jamais normale, et pour que la justice, même lointaine, reste un horizon.
Congo Profond, via voltefaceinfos7.com
Congo Profond
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