Gabon : Frontières closes pour patrons débiteurs, la sécurité sociale en état d’urgence

À Libreville, le signal est sans détour : les chefs d’entreprise endettés envers la Caisse nationale de sécurité sociale ne pourront plus quitter le territoire. Le décret, signé par plusieurs ministres, vise à enrayer l’hémorragie financière d’une institution au bord de la rupture. Mesure coercitive, assume son directeur général, Olivier Rebienot Pellegrin : il s’agit d’un levier de « recouvrement forcé ».

La décision intervient après la fuite de dirigeants d’une société sous-traitante pétrolière, laissant plus de 600 salariés sans cotisations intégralement versées. Le choc a agi comme révélateur d’un système fragilisé.

L’État social à la rescousse

La sécurité sociale n’est pas un simple mécanisme comptable ; elle est un pacte. Pierre Rosanvallon rappelle que l’État-providence repose sur la « solidarité organisée ». Lorsque les cotisations ne sont pas reversées, c’est la chaîne entière retraites, prestations, protection qui vacille.

La mesure gabonaise s’inscrit dans cette logique : préserver la caisse pour sauver le contrat social. Dans la pensée de Karl Polanyi, l’économie doit être « réencastrée » dans le social. Ici, l’État impose la contrainte pour réaffirmer cette primauté.

Coercition ou Climat d’affaires ?

Le patronat redoute une détérioration de l’environnement économique. Restreindre la liberté de circulation peut être perçu comme un signal d’insécurité juridique. Pourtant, pour Amartya Sen, le développement ne se résume pas à la liberté des capitaux, mais à l’expansion des « capabilités » des individus dont la protection sociale fait partie. Une entreprise à jour, assure la CNSS, n’a rien à craindre. Le message est clair : la contrainte vise les défaillances, non l’investissement.

Une Caisse au bord du gouffre

Autrefois en surliquidité dans les années 1980, la CNSS est aujourd’hui fragilisée. Une loi récente a augmenté les cotisations patronales et salariales pour tenter d’enrayer la faillite. Pour John Maynard Keynes, l’intervention publique est légitime lorsque le marché échoue à garantir la stabilité collective.

En filigrane, le Gabon expérimente une vérité simple : sans discipline contributive, pas de justice sociale. « La solidarité n’est pas un sentiment, c’est une institution », écrivait Pierre Rosanvallon. Reste à savoir si la fermeté restaurera la confiance ou si la frontière fermée deviendra le symbole d’un climat économique sous tension.

RFI / VF7, via voltefaceinfos7.com

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