Frontières en feu : l’ONU appelée à s’interposer entre la RDC et le Rwanda

Dans l’Est congolais, la guerre ne crie plus : elle murmure, s’infiltre, déborde. Face à cette braise régionale, le président burundais Évariste Ndayishimiye brandit une idée lourde comme un aveu : placer l’ONU entre deux États, comme on glisse un corps entre deux lames.

L’urgence avant le sens : quand la paix devient une question de survie régionale

C’est une parole qui surgit non pas de Kinshasa ou de New York, mais de Bujumbura. Une parole périphérique, donc révélatrice. Évariste Ndayishimiye ne plaide pas pour un dialogue abstrait ni pour un sommet de plus : il appelle à une interposition physique, concrète, immédiate. Une force de l’ONU entre la RDC et le Rwanda, comme un mur vivant contre l’embrasement.

Dans la pyramide des priorités, le politique est relégué au second plan. D’abord le silence des armes. Ensuite seulement, la parole. Une hiérarchie brutale, mais lucide. Comme l’écrivait Kenneth Waltz, père du réalisme structurel : « Dans un système international anarchique, la sécurité précède toujours la coopération ».

L’anarchie aux frontières : quand le dilemme de sécurité devient régional

L’Est de la RDC est moins un territoire qu’un carrefour d’angoisses. Chaque mouvement militaire y est lu comme une menace. Chaque retrait comme un piège. Le président burundais met le doigt sur ce que les théoriciens appellent le dilemme de sécurité : vouloir se protéger, c’est souvent inquiéter l’autre.

John Herz l’avait formulé sans détour : « Plus un État cherche à accroître sa sécurité, plus il insécurise les autres ». Dans cet engrenage, l’ONU devient moins un arbitre qu’un tampon, moins un acteur politique qu’un pare-feu. L’interposition n’est pas un luxe moral : elle devient une nécessité stratégique.

La MONUSCO ou le géant immobile : quand la paix échoue par passivité

Le mot revient comme un spectre : MONUSCO. Présente, massive, critiquée. Ndayishimiye ne la rejette pas ; il la réveille. Il accuse moins son existence que son immobilité. Car une force qui regarde n’est pas neutre : elle devient décor.

Robert Keohane rappelait que : « Les institutions internationales ne sont efficaces que lorsque les États choisissent réellement de les faire fonctionner ». Renforcer le mandat, dynamiser l’action, transformer l’observation en interposition : voilà le cœur implicite du plaidoyer burundais. Une ONU qui s’interpose, ou une ONU qui s’efface.

La souveraineté fissurée : quand l’État accepte l’ombre pour éviter l’effondrement

Mais à quel prix ? L’interposition internationale est aussi une suspension tacite de souveraineté. Une reconnaissance douloureuse : l’État seul ne suffit plus. Stephen Krasner parlait déjà de cette souveraineté « organisée mais continuellement violée ».

Pourtant, dans les États fragiles, refuser l’aide peut devenir un acte suicidaire. Roland Paris le rappelle crûment : « La paix libérale sans sécurité produit souvent plus de violence que de stabilité ». Ainsi, l’ONU n’est pas appelée à gouverner, mais à tenir la ligne, le temps que l’État se reconstitue.

Désarmer avant de parler : la paix comme chantier, pas comme slogan

Cessez-le-feu. Séparation des forces. Cantonnement. DDR. Les mots de Ndayishimiye sont techniques, presque froids. Mais ils disent une vérité dérangeante : la paix n’est pas un discours, c’est une ingénierie. Sans interposition crédible, ces mécanismes restent théoriques. Avec elle, ils deviennent possibles. Pas garantis. Possibles.

Le moindre mal dans un monde imparfait

L’appel du président burundais n’est ni naïf ni idéologique. Il est tragiquement réaliste. Dans un système international sans gendarme, l’ONU devient parfois le dernier rempart avant le chaos régional.

Hedley Bull l’avait écrit avec gravité : « L’ordre international n’est jamais naturel ; il est toujours coûteux ». La question n’est donc plus de savoir si l’interposition est idéale, mais si l’inaction est encore tolérable. Et dans l’Est de la RDC, le silence des Nations unies pourrait coûter bien plus cher que leur engagement. Quand les frontières brûlent, rester neutre, c’est parfois laisser le feu gagner.

Opinion Info / VF7, via voltefaceinfos7.com

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