Éthiopie-Tigré : quand l’ONU parle, c’est que la prévention a déjà échoué

L’alerte est brève, solennelle, presque funèbre. En appelant à la désescalade au Tigré « avant qu’il ne soit trop tard », l’ONU ne plaide pas seulement pour la paix : elle annonce la fragilité d’un cessez-le-feu déjà fissuré. Dans le langage feutré de la diplomatie, cette formule équivaut à une sirène. Quand l’ONU accélère le tempo, c’est que la violence reprend son souffle.

Derrière l’injonction humanitaire, le message est clair : la guerre rôde, tapie dans les angles morts du processus de paix. Et la communauté internationale, une fois encore, regarde le sol se dérober sous ses propres promesses.

Le crépuscule des accords

La paix au Tigré ressemble désormais à une braise mal éteinte. Les textes existent, les signatures aussi, mais l’ordre reste précaire. Comme le rappelait Hedley Bull, l’ordre international ne tient que par la volonté des États de le faire vivre. Ici, cette volonté s’effiloche.

La diplomatie du dernier souffle

« Avant qu’il ne soit trop tard » n’est pas un appel ordinaire : c’est une confession d’impuissance. Hans Morgenthau l’écrivait déjà : la morale commence là où le pouvoir s’arrête. L’ONU parle fort parce que ses leviers sont faibles.

Le silence coupable des puissances

L’invocation de la « communauté internationale » agit comme une accusation sans nom. Susan Strange dirait que le Tigré souffre d’un désintérêt stratégique : trop périphérique pour mobiliser, trop instable pour rassurer.

La guerre en embuscade

En qualifiant la crise, l’ONU la rend visible. Alexander Wendt l’a montré : nommer une menace, c’est déjà reconnaître qu’elle existe. Le Tigré redevient un front possible, une guerre en suspens.

Au fond, cet appel n’est pas une promesse, mais une trace. Une manière de dire : nous avons vu venir. Raymond Aron l’avait formulé avec lucidité : la tragédie internationale naît quand la clairvoyance ne suffit plus à empêcher le pire. Le Tigré est aujourd’hui suspendu à cette tragédie et le monde, à sa responsabilité.

RFI / VF7, via voltefaceinfos7.com

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