Doha écrit, le Kivu retient son souffle

 À Doha, on signe. À l’Est de la RDC, on attend. Le gouvernement congolais et l’AFC/M23 ont paraphé un nouveau document censé donner chair au cessez-le-feu déjà promis. Il ne s’agit pas encore de paix, mais de son mode d’emploi : les termes de référence du mécanisme d’observation. Un texte technique, lourd de symboles, posé comme un fil fragile entre la guerre et son interruption.

La paix sous microscope

Le document détaille deux instruments. Le COVM, cerveau politique du cessez-le-feu, décide, oriente, arbitre. L’EJVM+, bras opérationnel, descend sur le terrain, observe, vérifie, enquête. La paix devient procédure, la guerre dossier. Sous l’égide de la CIRGL, ces mécanismes promettent une surveillance collective. Comme l’écrivait Hedley Bull, « l’ordre international repose sur des règles acceptées, même imparfaitement ».

Les angles morts du papier

Mais les lignes signées laissent des blancs. Qui contrôlera le secrétariat du COVM, véritable tour de contrôle politique ? Quel rôle exact pour la MONUSCO, annoncée à Uvira mais absente du texte ? L’histoire récente pèse : depuis 2022, des mécanismes similaires ont existé sans jamais produire de rapports publics ni de sanctions. La paix observée n’a jamais été la paix imposée.

Le signal plus fort que l’encre

Pourtant, cette signature n’est pas vide. Elle dit que Doha respire encore. Que les discussions, figées depuis des mois, ont repris. Dans une région où le silence diplomatique rime souvent avec reprise des combats, le simple fait d’écrire devient un acte politique. Raymond Aron rappelait que « la paix n’est jamais l’absence de conflit, mais la gestion de ses formes ».

Ce texte n’arrête pas les balles, mais il empêche peut-être le dialogue de mourir. « Les accords ne font pas la paix, ils testent la volonté de la faire », écrivait Johan Galtung. À la partie orientale congolaise, la paix est encore un verbe au conditionnel. Reste à savoir qui osera enfin le conjuguer au présent.

RFI / VF7, via voltefaceinfos7.com

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