Dans la cathédrale des consciences blessées : tribalisme, vérité et silence au miroir de l’Église congolaise

Au cœur du République démocratique du Congo, l’Église catholique est traversée par un débat intérieur. Dans le Kasaï-Oriental, l’évêque de Mbuji-Mayi, Emmanuel Bernard Kasanda, dénonce les fractures morales qui menacent la cohésion de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco).

Quand la foi parle contre la tribu

Dans une lettre pastorale intitulée « Au nom de la vérité de l’Évangile », l’évêque alerte sur une dérive tribale supposée au sein de la Cenco. Il évoque des échanges internes sur des plateformes numériques, notamment dans des groupes de messagerie, où certains propos frôleraient la logique de ségrégation communautaire.

La parole religieuse, selon la tradition théologique, doit rester un souffle d’unité. L’inquiétude de Mgr Kasanda rejoint l’idéal de l’Église comme conscience morale collective plutôt que comme espace d’identités partisanes.

L’Église face au miroir politique

Le prélat craint que l’institution ecclésiale soit perçue comme un acteur politique. Dans un contexte congolais marqué par les tensions sociales, la frontière entre prophétisme religieux et engagement civique devient fragile.

Il met en garde contre une communication jugée « sélective et tendancieuse », susceptible d’éroder la crédibilité spirituelle de l’Église. La collégialité épiscopale apparaît ainsi comme un rempart contre la fragmentation symbolique.

Ombres sur l’urne ecclésiale

L’évêque évoque aussi des soupçons de pratiques électorales internes controversées, qualifiées métaphoriquement de « scores staliniens ». L’expression suggère un malaise institutionnel plus qu’une accusation juridique, renvoyant à l’idée d’une gouvernance perçue comme verrouillée.

Dans l’histoire politique, la concentration du pouvoir produit souvent une crise de légitimité morale, comme l’analysait Max Weber autour de l’autorité institutionnelle.

Vers une parole pastorale apaisée

L’appel final de Mgr Kasanda porte sur trois axes : transparence administrative, communication unifiée et respect de la collégialité épiscopale avant toute prise de position publique majeure.

L’Église, selon la vision humaniste de Martin Luther King Jr., doit rester « la voix des sans-voix ». Car lorsque la tribu murmure dans le sanctuaire, la vérité elle-même marche pieds nus. Ainsi, la mission pastorale se résume peut-être en ces mots : préserver l’unité des âmes dans un monde où même le silence peut devenir un discours.

Didier BOFATSHI / voltefceinfos7.com

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