Bunia : marche sous les larmes et la peur pour Thierry Lole

Le matin du lundi 29 décembre 2025, Bunia s’est réveillée dans un silence lourd, un silence qui pesait sur chaque rue, sur chaque visage. Mais ce silence n’était pas naturel : c’était le silence des morts, le silence de Thierry Lole, journaliste de la RTNC, assassiné à son domicile quelques heures plus tôt.
Dès l’aube, les journalistes ont convergé vers le siège du gouvernorat de l’Ituri. Des dizaines d’hommes et de femmes, l’âme en deuil et le cœur en colère, marchaient d’un pas lourd, certains les yeux rougis par le chagrin, d’autres crispés par la rage. Chaque pas résonnait comme un coup de marteau contre l’impunité qui règne dans la province.
La douleur palpable
« On ne peut plus vivre avec cette peur », confie un journaliste en serrant son micro contre sa poitrine. « Chaque nuit, nous craignons pour notre vie. Thierry a été assassiné parce qu’il cherchait la vérité. Et maintenant, nous sommes tous menacés. »
Les manifestants portaient des pancartes noires où l’on pouvait lire : « Justice pour Thierry », « Stop à la violence contre la presse ». Des murmures s’élevaient, se transformant rapidement en cris qui traversaient les rues de Bunia. Le vent semblait porter avec lui le silence brisé d’un journaliste tombé sous les coups de machettes, un silence qui hurlait plus fort que n’importe quel cri.
La marche : un théâtre de colère et de peur
À chaque coin de rue, des habitants s’arrêtaient pour observer, les yeux écarquillés. La peur se lisait sur les visages, car chacun savait que l’Ituri n’était plus sûre, même à l’intérieur de sa propre maison. Les journalistes racontaient les récents enlèvements et assassinats, chaque récit faisant frissonner la foule.
Christoph Koettl, expert de l’ONU sur la sécurité des journalistes, déclarerait : « Ici, parler est un acte de courage extrême. Chaque pas, chaque mot est un défi lancé à la mort elle-même. » Et à Bunia, ce matin-là, la marche n’était pas seulement une manifestation : c’était un acte de bravoure face à l’horreur.
Les autorités et l’impunité
Le gouverneur a promis l’ouverture d’une enquête et la prise en charge des obsèques. Mais pour les journalistes, ces promesses résonnaient comme des mots vides dans un écho funèbre. Chaque assassin libre, chaque crime non puni, alimente le climat de terreur qui s’étend dans la province. Samuel Huntington aurait parlé d’une légitimité vacillante : à Bunia, l’autorité semble fragile face à la cruauté qui frappe les innocents.
Un cri pour la liberté de la presse
Anna Politkovskaïa écrivait : « Quand les journalistes meurent, la société perd sa voix ». Ce matin à Bunia, cette phrase prenait tout son sens. Thierry Lole est mort, mais ses collègues portaient son cri dans leurs cœurs et sur leurs pancartes. Chaque mot scandé, chaque pas frappé sur le pavé, était un appel désespéré à la justice et à la vérité, un refus de laisser la peur dominer.
La marche s’acheva devant le gouvernorat, mais la colère et la douleur ne s’éteignirent pas. Les journalistes se tenaient là, épuisés mais déterminés, l’âme en feu, portant le message universel : « Tant que les coupables restent libres, nous continuerons à marcher, à parler, à exiger justice ».
Didier BOFATSHI

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