À Bruxelles, le PPRD a voulu faire entendre un cri d’alarme. Arrestations « arbitraires », dérive autoritaire, tyrannie rampante : la charge est lourde contre le régime Tshisekedi. Mais à mesure que la dénonciation s’élève, elle se heurte à une ombre persistante celle de son propre héritage politique et judiciaire. Car l’exil n’efface pas la mémoire.
L’exil, amplificateur… et filtre
Parler depuis Bruxelles, c’est chercher la légitimité internationale. Mais c’est aussi accepter le regard critique. En diplomatie comme en politique, rappelait Raymond Aron, « la crédibilité d’un discours dépend autant de celui qui parle que de ce qu’il dit ». Or, le messager importe ici presque autant que le message.
Le poids du dossier Kabila
La dénonciation du PPRD est fragilisée par une réalité judiciaire lourde : son président, Joseph Kabila, a été accusé par les autorités congolaises d’être lié à l’AFC/M23 et condamné par la justice militaire, selon les décisions rendues. Dans ce contexte, l’argument de la persécution politique change de texture. Il ne s’agit plus seulement de libertés publiques, mais d’un contentieux sécuritaire majeur, au cœur même de la souveraineté nationale.
Des cadres sous soupçon
Le malaise s’étend à d’autres figures du parti. Des cadres comme Emmanuel Ramazani Shadary et Aubin Minaku ont, eux aussi, été cités ou inquiétés par la justice dans des dossiers à forte charge politique et sécuritaire. Dès lors, la frontière entre arrestation arbitraire et poursuites judiciaires devient volontairement floue et stratégiquement exploitée.
Bruxelles a offert une tribune, mais pas l’absolution. Comme l’écrivait Max Weber, « la politique se fait avec la tête, non avec les nerfs ». La question demeure, tranchante : dénonce-t-on une dérive autoritaire, ou cherche-t-on à recycler l’exil pour effacer des responsabilités devenues trop lourdes à porter à Kinshasa ?
Didier BOFATSHI / via voltefaceinfos7.com