Bozizé face à l’ombre du prétoire : l’exil au défi de la justice

L’instruction est close. Le dossier Bossembélé quitte le silence des enquêtes pour l’écho des assises. En ligne de mire : François Bozizé. L’ancien président centrafricain, en exil en Guinée-Bissau, est désormais au cœur d’un débat brûlant : celui de son extradition vers Bangui, où la Cour pénale spéciale (CPS) veut le juger pour de graves violations des droits humains.

Les archives du sang

Bossembélé, Bouar, Bangui : des noms devenus balafres. Entre 2009 et 2013, la garde présidentielle et les services de sécurité du régime Bozizé sont accusés d’exactions massives. La CPS, créée pour juger les crimes les plus graves, estime que le temps de l’histoire judiciaire est venu. Paul Ricœur écrivait que « la justice est une mémoire organisée ». Le dossier Bossembélé en est l’incarnation.

L’exil comme rempart

Mais l’accusé est loin. Aucun accord d’extradition ne lie Bangui et Bissau. La CPS le reconnaît, tout en affirmant sa détermination. « D’autres voies et moyens seront explorés afin de remplir notre mandat », assure son porte-parole. Le droit devient alors une géographie mouvante. Comme le notait Hannah Arendt, « l’impunité commence là où la responsabilité se dissout dans l’espace ».

La justice en miroir

Bozizé est aussi poursuivi par la Cour pénale internationale. Conflit de compétences ? La CPS répond par la coopération. L’objectif, dit-elle, n’est pas la rivalité mais la fin de l’impunité, dans « un cadre de procès équitable ». Raymond Aron rappelait que « la justice internationale progresse par fragments ». Ici, chaque juridiction porte une part du fardeau.

Le procès pourrait s’ouvrir en avril, avec ou sans l’accusé. Car parfois, la justice avance même en l’absence des corps. Et comme l’écrivait Aimé Césaire : « Une civilisation qui ruse avec ses crimes est une civilisation moribonde. » La Centrafrique, elle, semble avoir choisi de regarder ses crimes en face quitte à convoquer l’exil au tribunal de l’Histoire.

RFI / VF7, via voltefaceinfos7.com

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