À Kinshasa, le carburant a perdu quelques grammes sur l’échelle des prix. Une baisse annoncée, applaudie par certains commerçants et automobilistes, et pourtant presque inaudible sur le pavé. Le franc congolais, enfin un peu raffermi, joue au funambule contre l’inflation, mais son acrobatie ne se traduit pas sur le compteur du taxi-brousse ni sur le ticket de bus.
C’est le paradoxe congolais : la monnaie se régale d’une appréciation timide, et le carburant s’allège, mais le transport collectif, ce cœur battant de Kinshasa, reste figé, comme un vieux moteur grippé. Le prix du déplacement, immobile, défie la logique économique, et rappelle que le frisson d’une baisse sur la pompe ne fait pas danser les roues des taxis.
On pourrait y voir un boomerang invisible : le franc congolais revient sur sa trajectoire et, pourtant, le consommateur ne sent rien. Entre les mains des transporteurs, la maîtrise du tarif semble être un code secret, verrouillé par des habitudes, la crainte de l’instabilité, ou simplement le pragmatisme d’un marché où la demande est reine.
Ainsi, dans les artères de Kinshasa, la ville s’agite, mais les prix, eux, restent figés comme des statues dans un carrefour. Le conducteur de moto et le passager contemplent le lever et le courcher du soleil sur la ville sans sentir sur leurs poches ce souffle de monnaie qui, ailleurs, aurait allégé leur quotidien.
Au final, cette danse incomplète entre monnaie et transport révèle une vérité : à Kinshasa, même quand le vent souffle dans le bon sens, toutes les voiles ne se gonflent pas.
Didier BOFATSHI ELEY
Très profond l’article