Bangui : La promesse d’unité face au mur du soupçon politique

À Bangui, l’investiture de Faustin-Archange Touadéra pour un troisième mandat, obtenue après une victoire annoncée à 76,15 %, s’est déroulée dans un décor de puissance et de solennité. Devant près de 20 000 personnes et plusieurs chefs d’État africains, le président a juré de poursuivre la transformation du pays et de consolider la réconciliation nationale. Mais derrière la mise en scène institutionnelle, l’opposition dénonce une démocratie verrouillée et appelle à l’ouverture d’un véritable dialogue politique.

Le serment sur scène

Dans l’enceinte du complexe sportif Barthélémy Boganda, le rituel républicain a pris des airs de démonstration de force. Le chef de l’État, surnommé « le professeur », a réaffirmé sa volonté de gouverner avec tous les Centrafricains. Une parole d’unité, projetée comme une architecture d’avenir, où la stabilité devient promesse centrale du pouvoir reconduit.

La fracture des récits

Pour Martin Ziguélé, figure de l’opposition, cette mise en scène relève davantage d’un discours adressé à l’extérieur que d’un pacte intérieur. Il évoque une gouvernance qui se présenterait comme ouverte tout en demeurant, selon lui, fermée au débat réel. La politique devient alors un espace de deux vérités parallèles : celle de l’État et celle de ses contestataires.

Le piège du dialogue

Au cœur de la critique, une distinction essentielle est posée entre “dialogue républicain” et “dialogue politique”. Le premier est perçu comme un dispositif institutionnel ayant accompagné des réformes constitutionnelles contestées ; le second est réclamé comme un espace de négociation sur les fondements mêmes de l’État. Une tension qui révèle une bataille sur le sens même de la discussion démocratique.

La République en débat permanent

L’opposition appelle à une refonte des institutions et à des élections véritablement inclusives. Derrière cette exigence, se dessine une interrogation plus large : celle de la capacité du système politique à se réinventer sans se refermer sur lui-même.

Comme le rappelait Alexis de Tocqueville, « la démocratie est le seul régime où les citoyens ont à craindre non seulement la tyrannie, mais aussi la fatigue du pouvoir ». Une formule qui résonne dans une Centrafrique où la continuité institutionnelle se heurte à une contestation persistante.

Et dans cette tension, une vérité demeure suspendue : gouverner ne suffit pas à unir, encore faut-il convaincre. Comme l’écrivait Albert Camus, « mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ».

Didier BOFATSHI

RFI / VF7, voltefaceinfos7.com

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