l’origine, une ferme ravagée à Maluku. À l’arrivée, une tempête politico-judiciaire au cœur de Kinshasa. Entre violences attribuées aux miliciens Mobondo et détention prolongée d’Emmanuel Ramazani Shadary, l’affaire révèle les lignes de faille d’un État où justice, sécurité et pouvoir s’entrelacent dangereusement.
Une ferme, des armes, le silence des champs
Tout commence loin des salons politiques. À Yosso, dans la commune de Maluku, la ferme «Rafa» devient un champ de ruines. Son propriétaire, Yvon Ramazani, dépose plainte début décembre. Il accuse les miliciens Mobondo de destructions méchantes, de pillages, d’occupation illégale et de menaces de mort. Les faits s’étirent dans le temps, depuis juin 2022, épousant la chronologie d’une insécurité rurale devenue chronique autour de la capitale. Infrastructures agricoles détruites, travailleurs en fuite, bétail disparu : la terre ne produit plus, elle témoigne.
Le Mobondo, ce nom qui hante l’État
La plainte évoque une escalade de la violence, appuyée par un enregistrement audio glaçant : enlèvements, tortures, rançons. Un récit qui rappelle combien le dossier Mobondo dépasse le fait divers. Il est devenu un symbole de l’impuissance sécuritaire et un terrain propice aux récupérations politiques. Dans ce contexte inflammable, chaque nom, chaque parcelle, chaque correspondance devient suspecte.
Shadary, la confusion et l’ombre du pouvoir
C’est ici que le politique surgit. Le PPRD dénonce un « montage », affirmant que la ferme en question n’appartient pas à Emmanuel Ramazani Shadary, son secrétaire permanent, mais à Yvon Ramazani. Une confusion patronymique qui, selon le parti, aurait servi à légitimer l’arrestation et la détention prolongée de l’opposant. Plus de deux semaines après son interpellation, aucune communication judiciaire claire n’a dissipé le doute. Et dans ce silence, l’opinion s’interroge : la justice enquête-t-elle, ou le pouvoir ajuste-t-il ses équations politiques ?
Entre plainte pénale légitime et soupçon d’instrumentalisation, l’affaire Ramazani Shadary agit comme un miroir. Elle reflète une RDC où la terre brûlée des campagnes peut embraser le sommet de l’État, et où la vérité, faute de clarté officielle, reste suspendue entre deux récits.
Didier BOFATSHI