Dans un Est de la République démocratique du Congo ravagé par des décennies de conflits armés, la parole du cardinal Fridolin Ambongo a résonné comme une cloche dans la nuit de Noël. Alors que l’AFC/M23 consolide son emprise militaire et administrative, et que les processus diplomatiques peinent à produire des résultats tangibles, l’archevêque de Kinshasa a lancé un appel solennel : « Choisissez la paix ». Une injonction morale, mais aussi un signal politique dans un pays à la croisée des chemins.
Un territoire qui se rétrécit, une souveraineté sous pression
À l’Est de la RDC, la carte se redessine sous le bruit des armes. Depuis la résurgence de l’AFC/M23 en 2022, la rébellion, soutenue par le Rwanda, a étendu son contrôle de Bunagana à Goma, puis à Bukavu début 2025. À chaque avancée, une administration parallèle s’installe, comme une ombre portée sur l’autorité de Kinshasa. L’État recule, les civils fuient, la crise humanitaire s’aggrave. La guerre n’est plus périphérique : elle structure le quotidien.
Diplomatie en panne, canons en marche
Washington et Doha tentent d’endiguer l’incendie. Les accords signés sous l’égide américaine ont rapproché formellement Kinshasa et Kigali, sans éteindre le feu au sol. Le processus de Doha, censé traiter les racines du conflit, piétine. Résultat : les combats reprennent, Uvira tombe, puis est évacuée sous pression internationale. La paix se négocie, mais la guerre, elle, avance.
La parole d’Église comme boussole morale
Dans ce paysage fragmenté, le cardinal Ambongo a choisi Noël pour rappeler l’essentiel. Sa voix, grave et posée, a dénoncé la banalisation de la violence et appelé à une conversion collective. Pas de condamnation nominative, mais une exigence : rendre à la paix sa centralité. Entre espérance biblique et lucidité politique, son message tranche avec le fracas des armes. Il rappelle que, même assiégée, la paix reste un choix.
Didier BOFATSHI